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Le slam mis en scène

le vendredi, 21 décembre 2018. Publié dans Culture, Musique

Le slam mis en scène

Narcisse, de son vrai nom Jean-Damien Humair, est un musicien originaire du Jura. Depuis douze ans, il pratique le slam, une forme de poésie orale et publique venant des États-Unis. Avec les années, cette passion est devenue son métier.

«Je ne parle pas que de choses jolies et faciles, mais j’évoque aussi des sujets qui dérangent ou qui remuent», explique Narcisse.

Il découvre le slam à l’occasion d’un atelier de création de chansons en Valais : « J’ai tout de suite apprécié cette forme de poésie, très musicale de par son rythme et sa sonorité. J’ai commencé à fréquenter des soirées slam à Lausanne. C’est là que j’ai écrit et déclamé mon premier poème qui a tout de suite eu de l’impact sur le public qui a trouvé cela génial. »

C’est donc en quelque sorte le public qui l’a fait choisir la voie du slam.

«Pour composer un texte, je pars en principe d’une idée, d’un message ou d’un jeu de mots. Et à partir de là, j’écris. Le monde actuel et ce qui nous dérange dans le comportement des gens (sexisme, racisme ou extrémisme religieux) servent de base à mes slams. J’aspire à plus d’humanité pour que nous vivions mieux ensemble. Toute forme d’art peut nous aider à le faire. J’aime bien lorsque mon spectacle suscite la discussion», affirme-t-il.

Jean-Damien Humair n’a pas choisi le pseudonyme Narcisse par hasard : «Je faisais de la musique pendant mon temps libre. J’ai également composé des musiques de films, de publicités et de pièces de théâtre. Cependant, j’étais toujours seul dans un studio et n’avais aucun contact avec le public. Au bout de vingt ans, j’ai eu envie de partager ma musique avec un auditoire. Comme c’était un projet personnel et que j’allais être pour la première fois sur le devant de la scène, je pensais que Narcisse allait bien avec ce côté narcissique. De plus, c’est également le prénom de mon grand-père à qui je voulais rendre hommage.»

Bien que Narcisse soit un personnage peu apprécié de la mythologie grecque, son histoire touche le slameur : «Narcisse boit à une source après une rude journée de chasse. Il voit alors son reflet dans l’eau et en tombe éperdument amoureux. Cependant, il ne peut concrétiser cet amour, car lorsqu’il veut toucher son reflet, l’eau se trouble et celui-ci disparaît. Narcisse meurt alors de chagrin. Il en devient attachant. J’aime ces personnages que l’on doit comprendre pour apprécier.»

Son look sombre, voire inquiétant a été influencé par une étudiante lors d’un atelier de création de chansons : «Cette jeune fille m’a dit que j’avais une tête qui lui donnait envie de créer un texte sur un majordome froid et glacial qui devient fou et tue tout le monde. J’ai eu du succès en lisant son texte dans la peau de ce personnage. De plus, comme je suis assez maladroit avec mon corps, d’être figé et statique me convient bien.»

Les spectacles de Narcisse sont une affaire de famille : « Mes deux enfants jouent dans mes vidéos et ma femme me conseille beaucoup et est très impliquée dans l’organisation de mes spectacles.»

Incorporer de la musique dans la mise en scène était une évidence : «Je travaille simultanément les textes, la vidéo et le son de manière à créer un ensemble cohérent. Je n’aime pas les représentations où il n’y a que l’artiste et une bande-son. Un musicien m’accompagne sur scène.»

Le budget du dernier spectacle « Toi tu te tais ! » avoisine les 100 000 CHF : «Je bénéficie de subventions de la part d’institutions telles que la Loterie romande, la Migros, la Suisa (Société suisse pour les droits des auteurs d’œuvres musicales), mais aussi la ville d’Yverdon où j’ai créé mon spectacle. J’ai investi 50 000 CHF pour le matériel (écrans, lumières, sono, etc.). Les 50 000 CHF restants m’ont servi à payer le salaire de la vingtaine de personnes qui interviennent dans le show.»

En novembre, Narcisse a animé un atelier à l’attention de collaborateurs des secteurs Audiovisuel et Synergies du Label-fh. La formation s’articulait en deux périodes. Le matin était basé sur la découverte du slam. Le groupe a visionné des vidéos de slameurs et de slameuses, puis Narcisse a lu quelques textes. Ensuite, il leur a demandé d’écrire un slam et de le dire devant les autres. L’après-midi était consacré aux techniques audiovisuelles utilisées dans les représentations.

Narcisse lors de son atelier avec des collaborateurs des secteurs Audiovisuel et Synergies du Label-fh.
Narcisse lors de son atelier avec des collaborateurs des secteurs Audiovisuel et Synergies du Label-fh.

Infos

Le slam, qu’est-ce que c’est ?

Inventé par l’Américain Marc Smith, le slam est une déclamation publique faite pour surprendre et émouvoir l’auditoire. Il s’agit d’une poésie orale et publique. En anglais, Slam Poetry dérive du verbe «to slam» signifiant «claquer». Marc Smith a voulu sortir la poésie du cercle des élites et la rendre accessible à tous. Narcisse a eu la chance de rencontrer cet artiste visionnaire : « En 2013, j’ai été champion de France de slam. Le premier prix de ce concours était de rencontrer et de travailler avec Marc Smith à Chicago. Il y anime une fois par semaine une scène slam. Tous les slameurs rêvent d’y aller un jour. Il est également invité partout dans le monde pour assister à des tournois, des championnats, des festivals et des réunions de slam. À mon arrivée, Marc Smith a tout de suite été très chaleureux. J’étais très impressionné. Petit à petit, c’est devenu un ami et nous nous sommes vus plusieurs fois et avons travaillé ensemble.»

Infos
https://www.narcisse.ch/accueil.html

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